Chapitre 5/24 – Une ourse (presque) solitaire

Grrrrrrr ! Saleté de neige !

Madame Ourse râlait en dégageant la neige qui s’était accumulée sur son allée pendant la nuit. Personne ne sait pourquoi elle se donnait cette peine car il n’était pas encore né celui qui oserait venir frapper à sa porte.

En effet, la vieille Madame Ourse n’était pas des plus agréables. Elle pestait contre le jour, contre la nuit, contre le soleil et la pluie. Contre le chaud, le froid, les gens, la solitude. Elle n’aimait ni le bruit, ni le silence, elle détestait avoir trop de choses à faire mais haïssait l’ennui. En fait, Madame Ourse n’aimait pas grand chose, elle trouvait sa maison trop petite, son jardin trop grand, sa cuisine mal agencée, ses voisins trop bruyants, ceux d’en-face trop polis.

Il va sans dire qu’après quelques temps, plus personne ne vint la voir, de peur de déranger et d’être éconduit à coup de pied dans le derrière. Madame Ourse voulait seulement être tranquille mais au fond d’elle, elle aurait aimé que quelqu’un s’inquiète de son sort.

Sa maison était bien tenue (Madame Ourse détestait la saleté) et son armoire renfermait des kilos de miel de fleurs (elle ne supportait pas le miel de sapin). Son canapé était moelleux car c’était là qu’elle passait le plus de temps en hiver, devant sa télévision. Car, si l’oursonne était quelque peu aigrie, elle cachait sous son épaisse fourrure une âme très sensible. L’après midi, elle s’installait confortablement et versait de grosses larmes devant des téléfilms plus niais les uns que les autres. Elle rêvait à une autre vie sans être capable d’entreprendre quoi que ce soit pour changer la sienne. Elle n’aimait pas la routine mais encore moins la prise de risque ou le changement. 

Alors qu’elle essuyait ses larmes dans un grand mouchoir à carreaux, elle ignorait que, dans un coin de la pièce, derrière un tout petit trou, se cachait un petit habitant à quatre pattes. Une petite souris partageait le quotidien de la vieille Ourse depuis de longues années sans que celle-ci ne soupçonne quoi que ce soit. Elle avait remarqué que sa vieille colocataire était de plus en plus lente dans ses mouvements, moins sûre à la marche, et de plus en plus triste. Mais aujourd’hui elle comprit que Madame Ourse était vraiment fatiguée. Elle avait dû se reposer un long moment après avoir déneigé l’allée et avait laissé presque intacte son assiette de baies.

La petite souris se rendit soudain compte qu’elle avait peur, peur de perdre son amie. Ce constat la frappa de plein fouet, et elle décida que ce Noël, si c’était le dernier, devait être exceptionnel. 

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