Tempête

J’ouvre les yeux, haletante. Il se passe quelque chose.

Dehors, le vent est en train de se lever, dans un grondement lugubre et angoissant. Mon cœur palpite encore de ce réveil soudain, tambourinant contre mes tempes en sueur.

Ces derniers temps, tout m’effraie. Je sursaute au moindre craquement, je me perds des heures entre rêve et réalité.

Inspirer. Expirer. Gonfler le ventre. Souffler. Les conseils de ma sophrologue me reviennent en mémoire et je me concentre sur ma respiration en répétant ces mots comme un mantra, jusqu’à me calmer complètement.

À l’extérieur, pourtant, le vent se déchaîne. Un sifflement filtre à travers l’aération de la fenêtre et se glisse sournoisement au fond de mon oreille, résonnant peu à peu dans tout mon corps.

Inspirer. Expirer. Rester calme. Il ne peut rien m’arriver.

À côté de moi, un corps massif, chaud, paisiblement endormi. Je me demande comment il peut être sourd à ce vacarme à l’extérieur. Je me redresse, persuadée d’entendre ma fille appeler, pleurer. Mais il n’y a rien. Mon cerveau me joue des tours et je recommence à paniquer.

Suis-je la seule à entendre ce tumulte ? Un grincement retentit, de plus en plus fort. Je tente de me raisonner, ce doit être le volet à l’étage ! Un bruit de verre cassé. Puis plus rien.

De la sueur perle sur mon front, je tente d’articuler un mot, qui se perd dans le silence de la chambre. Il faut que je me lève. Le jardin doit être sens dessus dessous. Tremblante, je m’extirpe du lit et mes pieds rencontrent la froideur du parquet. J’enfile mon gilet et grimpe les marches qui mènent à la chambre de Lisa, notre petite fille de 5 ans.

Sa chambre baigne dans une douce pénombre, grâce à la veilleuse licorne branchée près de son lit. Lisa est allongée sur le ventre, le visage à moitié recouvert de ses jolies boucles enfantines. Sa bouche est entrouverte et un léger ronronnement s’en échappe. Je lui dépose un baiser sur le front, heureuse de la trouver si paisible. Malgré tout, je n’arrive pas à me défaire de ce sentiment étrange.

En arrivant dans le salon, je vois mon ordinateur sur la table. Sa surface est légèrement recouverte de poussière. A ce moment là, une bourrasque fond sur notre maison, semblant s’engouffrer sous notre toiture. Je pourrais presque sentir le vent sur ma joue. Prudemment, j’ouvre la fenêtre et rabat le lourd loquet du volet de bois. En poussant le battant, je me prépare à trouver un jardin dévasté, la table retournée, les chaises en rotin éparpillées. Mais il n’en est rien. Tout est à sa place. La dînette encore posée sur la nappe de pique nique des poupées. La lune diffuse sa lumière diaphane et éclaire le paysage endormi. Les tuteurs des tomates sont bien droits dans le potager. Il n’y a pas un souffle de vent.

Perplexe, je rentre et me laisse tomber sur la chaise en face de l’ordinateur.

Le tourbillon reprend de plus belle. J’ouvre mon ordinateur et appuie sur le petit bouton rond. Il m’appelle. Cela fait des mois que je n’ai pas écrit une ligne. Mon agent me harcèle, ma boîte mail déborde, je ne réponds plus au téléphone. Il me met la pression. Mes quatre derniers romans ont reçu des prix et paradé des semaines en tête des ventes..

Mais voilà, je n’y arrive plus. L’angoisse de la page blanche. Elle est là, palpable, bien réelle. Mais si la page est blanche, ma tête, elle, est noire, gribouillée, tachée. Les idées avortées, les pensées qui m’habitent, tout cela s’entrechoque dans un vacarme assourdissant. Plus rien ne se distingue, tout y est emmêlé, étouffant. Mon cerveau est devenu un magma sombre et profond.

Victor Hugo parlait de « Tempête sous un crâne ». Je crois que je comprends enfin.

Dans un frisson, je tape mon code personnel et ouvre le logiciel de traitement de texte. Les touches semblent me narguer, il me paraît impossible d’ordonner ces lettres pour en faire des mots, des phrases, des paragraphes.

Je suis sur le point de tout refermer mais les mots s’agitent en moi, alors, lentement, une à une, je dépose des lettres sur ce document tout blanc…

coup_vent_tempete_risques (1)Diane

1 réflexion sur « Tempête »

  1. Bel ensemble texte et photos

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