Nouvelle de l’Avent: 23/24

Je chante à tue-tête dans la voiture sur le chemin du retour. Je massacre un peu le « Holy night » chanté par Céline Dion mais peu importe ! Après le concert, j’ai pu parler un peu à Joséphine, elle était enchantée de ses nouveaux chaussons et des biscuits. Par contre elle a rapidement roulé le magasine Nous Deux de peur que son cher et tendre le voie. L’homme en question s’appelle Léonard, il est veuf et fleurit son langage de citations et de jeux de mots en tout genre. Il porte des petites lunettes rondes à la Harry Potter, des joues roses et un sourire bienveillant. Je suis contente de voir Joséphine en si bonne compagnie.

Je rentre par les petites routes afin de profiter du paysage enneigé. Certaines maisons ont mis le paquet sur les décorations extérieures car même en plein jour, elles valent la peine de s’arrêter. Une famille a disposé sur les rebords de fenêtre des quantités impressionnantes de peluches qui, par ce temps neigeux, doivent être complètement détrempées.

A ce moment là, la sonnerie de mon téléphone vient déranger Céline Dion dans son Ave Maria. C’est Romuald, qui a l’air un peu stressé :

-Oh, Fanny, Dieu merci !

-Romuald ? Mais qu’est ce qu’il se passe ?

-Rien de grave, rassure toi. C’est juste que mon père a chopé un sacré rhume. Il a de la fièvre et ne pourra pas tenir le stand de vin chaud avec moi ce soir pour le verre de l’amitié. Ma mère est auprès de lui. J’ai essayé d’appeler Coralie mais elle ne décroche pas. Elle n’est pas avec toi par hasard ?

-Non, désolée. Mais je peux t’aider moi ce soir si tu veux. Enfin, je ne veux pas prendre la place de Coralie bien sûr !

-Tu ferais ça ? Ce serait super et si elle est disponible, on ne sera pas trop de trois, tu sais !

-Entendu ! Tu peux compter sur moi alors !

Nous nous mettons d’accord pour nous retrouver à 17h afin de préparer le stand. J’envoie un message à Coralie pour l’informer, j’espère qu’elle sera de la partie !

À la maison, la douceur a laissé la place à l’effervescence propre aux préparatifs du réveillon. Papa bouscule tout dans la salle à manger afin d’ajouter une rallonge à notre petite table. Il va chercher la vieille lampe sur pied pour donner un air de fête au salon. Les vieilles chaises en paille sont recouvertes de petites capes blanches et les boîtes contenant l’argenterie sont déjà sorties.

Côte cuisine, ma mère prépare sa génoise pour la bûche et l’enveloppe dans un torchon propre avec une douceur toute maternelle. Celle-ci reposera au frais dans le garage en attendant d’être roulée avec la mousse au chocolat. J’espère seulement que celle-ci tiendra, pas comme l’an dernier où la mousse ressemblait à de la glace fondue sur laquelle flottait un morceau de biscuit imbibé.

Je passe rapidement l’aspirateur et m’applique à débarrasser le salon de livres, magasines, tricots qui ont colonisé l’espace pendant l’hiver. Je remets du bois sec dans l’âtre de la cheminée car je compte bien trinquer devant de jolies flammes demain soir. Je ne trouve rien de plus doux qu’une soirée en famille au coin du feu. Je suspends des chaussettes en laine brodées comme le veut la tradition et m’attaque à passer un coup de cire sur les meubles. Cette odeur de cire me rappelle quand j’étais petite et que mes parents recevaient du monde. J’aimais redonner de la brillance à nos meubles fatigués, dresser une belle table et… écrire les menus !

-Maman, tu as prévu de faire de jolis menus en papier pour mettre sur la table ?

Ma mère glisse une tête tout enfarinée  par l’ouverture de la porte de la cuisine.

-Mais, Fanny ! Ça doit faire au moins dix ans que je ne l’ai plus fait !

-Eh bien, moi, j’ai envie qu’on en fasse !

Comme une enfant têtue, je monte les escaliers quatre à quatre et farfouille dans mes anciennes affaires d’école, conservées religieusement par mes parents. J’en ressors quelques vieilles feuilles de Canson, de la colle pailletée, un stylo doré et du ruban.

Une heure plus tard, j’ai des paillettes partout et des chutes de papier jonchent le sol de ma chambre. Mais je suis satisfaite de mes menus en forme d’étoiles. Ils iront parfaitement avec la décoration de table.

À cet instant je reçois un MMS : Thomas m’envoie une photo de lui avec son fils. Son ex-femme a eu une urgence au travail et a déposé Nathan pour l’après midi. Tous les deux se tiennent, tout sourire, aux côtés d’un bonhomme de neige aux yeux rieurs. Il porte un chapeau de paille et une écharpe Spiderman toute élimée. En zoomant sur la photo, je remarque que Nathan a le même regard que son père. Il a l’air de s’amuser comme un fou, ses joues sont rouges de froid, et de la neige s’accroche à ses sourcils. Je suis heureuse qu’ils passent ce moment privilégié ensemble car les papas sont là pour faire des bêtises et des bonhommes de neige. Je suis sûre que Nathan n’oubliera jamais celui-là !

Un peu avant 17h, je me prépare pour rejoindre Romuald sur la grande place. J’enfile plusieurs épaisseurs sous ma doudoune, un collant sous mon jean et mes bottes fourrées. Mon bonnet en laine complétera l’attirail du parfait skieur. À mon arrivée, les éclairages sont mis en place et une petite tonnelle est fixée sur le côté, à l’abri du vent. J’aide Romuald à installer notre table et à déplacer les grandes casseroles de vin chaud. Nous mettons en marche le réchaud et les effluves de vin chaud commencent à envahir l’atmosphère. J’ouvre les cartons contenant les gobelets en plastique et me prépare à accueillir les premiers arrivants.

Les responsables de la sono installent une enceinte qui diffuse des chants de Noël, et rapidement la place revêt des airs de fête. Les premiers habitants arrivent, emballés dans leurs écharpes, tenant leurs enfants par la main. Il fait froid mais le vent a décidé d’être clément et nous savourons la chaleur de la musique et de la convivialité.

Une heure plus tard, la place est comble, des rires s’élèvent jusqu’à ce que Monsieur le Maire toussote dans le micro, faisant instantanément cesser les conversations. Il nous parle pendant un bon quart d’heure de l’année écoulée, des mariages et des décès qui ont marqué ces douze derniers mois, des projets pour l’an prochain. Je n’ai jamais eu une grande capacité de concentration et je décroche au bout de quelques minutes, absorbée dans la contemplation de la petite assemblée réunie ce soir. Certains ont été à l’école avec moi, je revois ma maîtresse de CM1 aujourd’hui avec une canne. Des amis de mes parents, de la famille lointaine, tous ces gens qui nous sont proches un jour avant que chacun prenne une autre direction…

Soudain, j’aperçois Coralie au loin. Elle contourne discrètement la petite foule et se glisse entre Romuald et moi. Elle me claque une bise sonore sur la joue et se love contre Romuald la tête dans son cou. J’ai dû louper un épisode ! Je leur souris de toutes mes dents et elle me lance un clin d’œil amusé. Je remarque qu’elle m’a manquée et que nous allons avoir beaucoup de choses à nous raconter.

Je reste perdue dans mes pensées jusqu’à ce que des applaudissements nourris me sortent de ma rêverie. Monsieur le Maire a terminé son discours et s’apprête maintenant à récompenser le ou la gagnante du concours de décorations de Noël. Je vois Mireille se tortiller de contentement au premier rang, elle a même déjà fait un imperceptible petit pas en avant. La mère de Coralie reste impassible, le regard baissé. Il lui faut au moins trois coup de coude de la part de sa voisine pour réagir à son nom. Quand elle comprend qu’elle a gagné, elle dirige son regard immédiatement vers nous, les sourcils haussés, le regard désappointé. La pauvre ne sait même pas que nous avons décoré sa devanture, Coralie prenant soin de tout éteindre les rares fois où elle sortait.

Mireille à l’air complètement perdue, elle bafouille, lance des regards désespérés autour d’elle tandis que Coralie pousse le fauteuil roulant de sa mère jusqu’au micro. Après quelques remerciements balbutiés entre les larmes, elle se voit remettre une belle enveloppe cachetée.

Les convives rient et vident nos deux casseroles de vin chaud. Lorsque les mains n’ont plus de gobelet chaud à tenir, elles commencent à trembler de froid et les pieds reprennent la direction de la maison. La place se vide peu à peu. Nous rangeons tout et prenons congé de Romuald. Celui-ci nous remercie pour la énième fois. Papa pousse le fauteuil roulant de l’heureuse gagnante tandis que Maman, Coralie et moi nous lançons dans une imitation un tantinet moqueuse de Mireille.

Le retour se fait dans les rires et, une fois arrivés dans notre rue, Coralie nous demande un instant pour aller brancher la prise extérieure. Sous nos yeux ébahis apparaissent une multitude de lumières ! Nous restons de longues minutes à observer les minuscules ampoules qui dansent dans les buissons. Mes parents nous félicitent encore une fois avant de rentrer se réchauffer. La maman de Coralie nous fait signe de nous rapprocher de son fauteuil, nous nous baissons et elle nous étreint de toutes ses forces.

-Tenez les filles ! J’ai ouvert l’enveloppe, c’est encore un week-end SPA pour deux et je suis très heureuse de vous l’offrir ! Vous êtes jeunes et belles ! Profitez-en à fond !

Nous nous embrassons toutes les trois devant la maison illuminée…

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Diane

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