Nouvelle de l’Avent: 22/24

La soirée est douce, chaque moment passé ensemble nous rapproche davantage. J’aimerais que nous passions la nuit ensemble mais il doit sortir encore son chien et je ne me vois pas encore le présenter à mes parents…

Nous regagnons nos voitures respectives et mettons un temps infini à nous dire au revoir, comme ces couples qui se parlent au téléphone : « C’est toi qui raccroche, non, c’est toi, non, c’est toi ».

Je me blottis contre sa poitrine et il m’emballe dans sa veste pour calmer mes tremblements. L’humidité est tombée et je ne sens plus mes orteils. Malgré ça je crois que je pourrais rester sur ce parking toute la nuit. Vers minuit le vent se lève et quelques flocons commencent à voltiger autour de nous. Nous nous souhaitons un Joyeux Noël et nous promettons de nous voir très rapidement pour un repas de fête à son appartement. Je sens mon cœur se serrer, il me manque déjà, mais je crois que nous avons bien le temps et que nous fêterons beaucoup d’autres Noël ensemble… Du moins je l’espère. Nous nous quittons à regrets et prenons la route déjà scintillante.

Le lendemain, lorsque j’ouvre les volets, je découvre un paysage immaculé. La couche de neige n’est pas épaisse mais les voitures roulent au ralenti et le temps semble s’être arrêté. Je passe la matinée à aider ma mère à ranger, dépoussiérer, aspirer. Elle tient à ce que tout soit impeccable pour la veillée de Noël. Je lui rappelle que nous ne sommes que tous les trois, qu’il n’est pas nécessaire de faire des chichis.

-Ce ne sont pas des chichis ! s’emporte-t-elle, Dans ce cas, autant rester en pyjama et faire un plateau télé le 24 !

-Non, évidemment Maman, ce n’est pas ce que je voulais dire. Mais tu te mets beaucoup trop de pression.

-J’aime recevoir, que veux-tu. Quel dommage que tes oncles et tantes habitent si loin! Et Julien qui ne sera même pas avec nous…

Son regard se voile puis des larmes apparaissent au bord de ses paupières, menaçant de déborder d’un moment à l’autre.

-Est-ce que tu veux qu’on invite Coralie et sa mère ? Je crois qu’elles sont seules pour le réveillon… je tente timidement.

Ma mère retrouve son entrain instantanément.

-Ah oui ? Tu crois qu’elles accepteraient ? Je vais aller leur proposer de vive voix ! Oh mon Dieu, je suis toute excitée ! Quelle bonne idée tu as eu !!!!

En deux temps, trois mouvements, elle attrape son manteau, enfile ses bottes et quitte la maison, faisant tinter les grelots suspendus à la couronne de la porte d’entrée. Pas le temps de lui dire qu’il n’est que 9h et que certaines personnes sont encore au lit à cette heure matinale.

Un quart d’heure plus tard, la voici de retour, les bras chargés de boîtes de surgelés.

-Elles sont ra-vies ! Elles m’ont donné les feuilletés apéritifs ainsi que la bûche glacée et le champagne qu’elles avaient acheté. Je me dépêche de mettre ça au frais !

Voir ma mère aussi heureuse me réchauffe le cœur. Depuis toujours elle aime recevoir et mettre les petits plats dans les grands. Parfois nous faisons semblant d’apprécier ses mixtures mais elle a toujours le souci de bien faire. Malheureusement, depuis la retraite, elle n’a plus trop le courage de se lancer dans de grands dîners mais le fait que je sois là pour l’aider a peut-être changé la donne. Au même moment je reçois un SMS de Coralie :

Alors, ma poule, il paraît qu’on va passer Noël ensemble ? Trop contente ! Bises ! À ce soir !

-À ce soir ? Qu’y a-t-il de spécial ce soir ? je lis à voix haute.

-Ben, le verre de l’amitié place de la Mairie, répond ma mère comme si j’étais la pire des ignares.

J’avais oublié cette tradition ! Déjà quand j’étais petite, deux jours avant le réveillon, le Maire invitait les habitants du village à partager le verre de l’amitié au pied du grand sapin devant la Mairie. Je trouvais toujours le discours d’un ennui sans pareil et le jus de pomme chaud servi aux enfants écœurant. Malgré tout, je n’aurais loupé ce moment pour rien au monde. Je ne savais pas que cette tradition avait survécu aux années, à la crise, aux grèves et à tout le reste.

J’attends l’après midi pour me rendre à la maison de retraite. En plus des chaussons, j’ai aussi apporté à Joséphine un énorme sachet de sablés de Noël et le dernier numéro de Nous Deux, son hebdomadaire préféré. En effet, Joséphine adore les romans photos même si elle n’ose pas l’avouer.

Quand je pousse la porte de la chambre 19, je m’attends à la trouver comme d’habitude dans son fauteuil, recouverte de sa couverture en crochet. Mais il n’y a personne. Je me permets de pousser le battant de la salle de bain en l’appelant. Encore une fois la pièce est vide mais une odeur de parfum bon marché flotte dans l’air. Sa brosse est posée près du lavabo, à côté d’un tube de rouge à lèvres rouge vif.

Surprise, je ressors dans le couloir et interpelle une jeune femme noire, très belle, vêtue de la tenue blanche caractéristique des infirmières. Elle m’informe que Joséphine est dans la salle commune car il y a un concert de Noël cet après-midi.

Je rejoins la salle commune. De la musique filtre à travers la porte. La jeune femme de l’accueil me fait signe que je peux entrer alors je pousse la porte et me glisse discrètement dans la salle. L’assistance est tellement absorbée que personne ne me remarque. Je prends place sur une chaise en bois et tente de repérer mon amie. Celle-ci est au premier rang, elle a regroupé ses cheveux argentés en un chignon distingué. Son visage est radieux et lorsque je baisse les yeux, je comprends pourquoi. Sa main droite est glissée dans la main de son voisin, un homme âgé vêtu très élégamment lui aussi. Leurs yeux suivent la même direction, fixant le jeune violoniste qui fait danser son archet sur les cordes. Je souris de contentement, j’ai toujours trouvé touchant ces personnes âgées qui ont traversé toutes les épreuves ensemble, ou celles qui, au crépuscule de leur vie, croient encore au bonheur des moments à deux.

Je profite de la musique et ferme les yeux. Je me sens sereine. En accord avec moi-même. A la bonne place. Je crois que je n’ai jamais ressenti cela.

Je suis heureuse…

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Diane

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