Nouvelle de l’Avent: 17/24

Lorsque je rentre à la maison, mes parents sont installés sur le canapé en velours marron, un plateau télé sur les genoux. Leurs remerciements sont nourris, ils n’ont jamais eu un si joli sapin ! Cela fait des années qu’ils n’avaient plus le courage d’aller en acheter un vrai !

Je me sers un verre et les rejoins. Nous nous racontons notre journée, jusqu’à ce que la sonnerie de mon téléphone nous interrompe. Je me précipite sur mon sac à main, animée par un bon pressentiment : l’appel provient peut-être de Thomas !

En effet, lorsque j’entends sa voix, ma gorge se contracte, je suis intimidée par sa voix grave et enveloppante. Je lui raconte notre surprise et il rit en nous imaginant décorant le jardin dans la nuit. À mon grand bonheur, il me propose une journée ensemble au Marché de Noël. J’espère seulement qu’il ne me traînera pas sur la patinoire ! Autant attendre un peu avant qu’il découvre quelle patineuse déplorable je fais !

Dehors, la neige recommence à tomber, je m’installe sur la banquette près de ma fenêtre, et me perds dans la contemplation des flocons qui volent doucement. La voix de Thomas me berce, je suis comme dans une bulle de douceur, de bonheur. Je repense à ma conversation avec Coralie. Où va donc nous mener cette histoire débutante ? Et puis, a-t-il seulement envie d’une histoire avec moi ? La passion qui m’habite survivra-t-elle au prochain rendez-vous ? Aux prochaines semaines ? Aux prochains mois ?

Je repousse toutes ces questions. Hors de question de gâcher mon bonheur avec mon obsession à vouloir tout contrôler. La conversation terminée, je me couche en réfléchissant à cette chose qui a tellement d’importance pour nous les femmes : comment vais-je bien pouvoir m’habiller demain ?!

Le jour se lève sur un joli paysage enneigé, j’adore cette sensation. La lumière qui pénètre par les fenêtres a un éclat particulier. Les sons semblent étouffés, un peu comme si nous avions du coton dans les oreilles. La ville fonctionne au ralenti, les voitures roulent au pas, comme glissant sur un tapis blanc. Les voisins ont mis leur réveil plus tôt pour dégager le trottoir devant chez eux. Les enfants ont chaussé leurs énormes bottes semblables à des après-skis.

Je bois mon café en feuilletant le journal. Finalement je dois reconnaître que mon repos forcé me convient bien. Je me demande ce que Joséphine a pu raconter à sa nièce pour qu’elle me libère aussi facilement. Je compte bien profiter de ces doux moments.

Comme promis, Thomas sonne à la porte à 15h tapantes. Je suis soulagée que mes parents soient encore à la sieste car l’heure n’est pas encore aux présentations officielles. De plus, ils sont de l’ancienne génération et je sais qu’ils trouveraient un peu déplacé que je m’engage aussi tôt dans une nouvelle relation, avec un collègue de travail qui plus est.

Je monte dans sa voiture pour la première fois. Comme les sapins de Noël, je trouve que l’intérieur de la voiture d’une personne est souvent révélateur d’un ou plusieurs traits de caractère. Celle de Quentin était toujours nickel, sans la moindre miette sur les sièges, un petit sapin à la vanille se balançant sous le rétroviseur. La mienne est désordonnée, on y trouve des foulards, bouquins, sachets vides et tickets de parking. Celle de Thomas est agréable, confortable, elle sent son parfum, mélangé au cuir. Son atmosphère est feutrée et rassurante, tout comme lui. Nous traversons plusieurs villages aux décorations magnifiques avant de nous garer dans un parking souterrain du centre ville.

Thomas a un air mystérieux et me tire par la main en direction d’un grand hangar. Il sort alors de sa poche deux billets et nous introduit à l’intérieur. Comme par enchantement je me retrouve entourée de dizaines de sculptures de glace. Tous les personnages des contes de mon enfance se dressent autour de moi, gelés, transparents, splendides. Je suis en adoration devant ce travail de précision et de patience, réalisé par des sculpteurs canadiens. Ceux-ci ont œuvré pendant des heures et des heures dans le froid pour nous offrir ce spectacle saisissant et malheureusement éphémère. Mes yeux s’arrondissent de plus en plus au fur et à mesure que nous avançons dans les couloirs de l’exposition. Thomas a l’air de savourer le bonheur de me voir si heureuse. Je suis tellement transportée que je ne me rends même pas compte que j’ai froid. Il passe alors son bras autour de mes épaules et m’attire contre lui. J’ai dix ans et je suis comme dans un de mes rêves de princesses. Je lève les yeux vers lui et à ce moment là, je sais qu’il est sincère. Je sais qu’il ne me fera pas de mal. Je sais que je suis sur la bonne voie pour être heureuse.

Nous terminons la visite par une glissade inoubliable sur un toboggan de glace, puis nous nous dirigeons, enlacés, vers les petites baraques du Marché de Noël.

Thomas m’offre une peluche bouillotte à chauffer dans le micro-ondes. Je suis ravie de constater que mon côté petite fille ne l’effraie pas ! Je pense en effet que la vie m’a obligé à grandir vite, travailler, gérer le quotidien. Pourtant, tout au fond je suis une grande rêveuse et je vis dans ma petite bulle. J’ai toujours eu envie d’un homme qui respecte cela et m’aime malgré tout.

Nous savourons l’un contre l’autre un grand gobelet de vin chaud. Je me laisse enivrer par les senteurs de cannelle, girofle et badiane. Nous nous extasions devant le village de Noël miniature. De minuscules skieurs dévalent des pistes pailletées tandis que des patineurs de 1 centimètre de haut virevoltent sur un miroir de glace.

Noël est un moment unique, où chaque adulte peut s’autoriser à redevenir un peu enfant. Les parents montent avec leurs enfants dans le vieux carrousel de la place Saint Louis, les papas portent des chapeaux de Noël, les mamans prennent des photos.

Un stand près de nous propose des boules de Noël personnalisées pour le premier Noël des petits bébés. Un couple est en train de choisir une jolie boule rouge avec une lune pour le petit être qui est enveloppé dans une écharpe tout contre le corps de sa maman. Les yeux des parents pétillent malgré les cernes, témoignant du manque de sommeil.

Alors que la lumière décline, nous rentrons vers la voiture, serrés l’un contre l’autre, les yeux tournés vers l’avenir…

Diane

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