Nouvelle de l’Avent: 9/24

A peine garée, je me sens déjà étrangère devant mon propre appartement. Colleen demande si j’ai besoin de soutien là-haut mais je la prie de m’attendre dans la voiture.

En entrant dans l’immeuble, mon imagination s’emballe. Que vais-je trouver ? J’ai lu tellement de romans policier que j’ai presque peur de retrouver le corps de Quentin, sans vie, au milieu du living. Peut-être dort-il au bureau, trop triste pour supporter mon absence. Peut-être est-il recroquevillé en position fœtale à ma place du canapé, mouchoirs éparpillés, boîtes de pizzas empilées.

Lorsque j’ouvre la porte et allume le plafonnier, mon amour propre en prend un sacré coup. C’est horrible à dire, mais je suis anéantie de voir l’appartement si… normal. La table du salon est débarrassée, le cadre avec notre photo a disparu. Les coussins sur le canapé sont bien disposés, les couvertures et plaids bien pliés sur le côté.

En y regardant de plus près, l’atmosphère n’est pas si normale que cela… Mes livres ne sont plus sur l’étagère, le triptyque que j’avais peint s’est envolé lui aussi. Je passe dans la chambre à coucher, le lit est fait, impeccable. La housse de couette a été changée également. J’ai un pincement au cœur quand je repense à nos fou-rires en faisant le lit, l’un debout sur le matelas, l’autre la tête dans la housse… Une douce odeur de lessive et de propre flotte dans l’air.

A côté du lit sont déjà déposés quelques cartons, je n’ai donc plus qu’à débarrasser le plancher, au sens propre comme au figuré. Je les transporte dans l’entrée puis passe à la salle de bains m’assurer que je n’ai rien oublié.

La salle de bains est rutilante. Il a embauché une femme de ménage ou quoi ??! J’ouvre l’armoire et constate que mes lotions, crème et maquillage ont eux aussi pris la direction d’un carton, posé juste à côté du lavabo. En tirant le rideau de douche, je tombe sur quelque chose que j’aurais préféré ne pas voir.

Devant mes yeux se tient fièrement un flacon de gel douche à la fraise des bois.

Je ne prétends pas connaître Quentin mieux qu’il ne se connaît lui-même cependant je ne crois pas me tromper en disant que JAMAIS il n’aurait acheté ça. La bouche sèche, j’empoigne un carton et me dirige vers la porte d’entrée. Colleen m’aide à les mettre tous dans le coffre sans un mot. La pauvre ne doit pas savoir quoi dire. En effet, comment consoler celle qui est triste d’une situation choisie en pleine conscience ?

Je la remercie de m’avoir accompagnée, et lui propose d’aller manger une pizza quelque part. Elle se tortille sur son siège, tu comprends Fanny, Jean-Luc a appelé et Odette est au théâtre ce soir. Bien une sortie prout-prout le théâtre d’ailleurs. Mais je peux annuler si tu veux, enfin si tu insistes. Tu sais, je comprends que ce soit dur pour toi, je suis là, on peut en rediscuter demain…

-Pas de souci Colleen, va rejoindre ton homme. Merci encore.

Je la dépose à sa voiture. Je vois bien qu’elle est gênée, partagée entre l’envie, sans doute réelle, d’être présente pour moi, et le besoin des quelques miettes de bonheur que lui offre Jean-Luc quand son épouse s’absente.

Je glisse l’album d’Hoshi, que j’adore, dans la fente du lecteur et me laisse bercer par sa voix à la fois douce et cassée jusqu’à la maison de mes parents.

Une délicieuse odeur de gâteau m’accueille. Mes parents sont tout affairés, en tablier recouvert de farine. Mon père a même ressorti son vieux tourne-disques pour écouter une vieille version de Holy Night chantée par Diana Ross. Cette chanson me fait venir les larmes aux yeux, tant elle porte la nostalgie des Noël de mon enfance. Je n’arrive pas à croire que Quentin ait déjà rencontré quelqu’un et surtout qu’il ait osé ramener cette fille dans notre appartement, alors que mes cartons étaient encore là. La partie égocentrique de mon cerveau mouline, se vexe, rumine…

Mais je souris. Mes parents sont là, c’est bientôt Noël et rien ne m’empêche d’être encore une enfant. Je décide alors que les cartons resteront dans le coffre de la voiture pour cette nuit. En m’approchant, j’entends mes parents glousser, la bouteille de Gewürtzraminer a déjà pris une sacré claque. Je monte me laver les mains et me changer pour être plus à l’aise puis je redescends et me sers un grand verre de vin.

-Bon, j’attaque les boules à la noix de coco ?

Deux heures plus tard, il n’y a plus assez de place dans notre cuisine pour disposer les plats recouverts de délicieux biscuits. Il y en a pour tous les goûts : des Spritz aux amandes, des Bredele à la cannelle, des sablés en forme d’étoiles, des meringues au citron…

Lorsque le téléphone sonne, ma mère se frotte rapidement les mains avant d’aller décrocher. C’est Julien ! Après quelques minutes, ma mère me passe le téléphone et je monte m’isoler dans ma chambre comme lorsque j’étais adolescente et que je passais des heures avec mes amies à décider comment on allait s’habiller…

Entendre la voix de mon frère me réchauffe le cœur. Il a toujours su m’écouter et me rassurer. Je lui raconte tout, sans fioriture, sans filtre, sans larmes. Le silence se fait sur la ligne puis il me parle. Il me dit ce que j’ai envie d’entendre. J’ai pris la bonne décision. Le cœur léger, je l’écoute alors me raconter les festivités dans leur pays lointain, mes nièces qui préparent Noël au soleil. Je finis par m’endormir, bercée par ses paroles, le doux vin et les biscuits de Noël…

Diane

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