Couleur papier… Que j’aime ta couleur papier !

Quand a eu lieu ce coup de foudre ? À quand remonte ma première rencontre avec toi ?
Peut-être est-ce ce jour où, pour la première fois, Maman m’emmène à la petite librairie, près de l’école dans laquelle elle enseignait. Ce soir-là, elle avait une réunion importante et était contrainte de me garder à ses côtés. Craignant que je dérange le discours professoral, elle avait préféré anticiper. Ainsi nous entrâmes dans cette librairie papeterie de Metz. L’air sentait le cahier neuf, le crayon à papier fraîchement taillé et le plastique des couvertures de livres. Je ne peux oublier ces odeurs, ces rayonnages, le reposoir près de la caisse exhibant fièrement ce jour-là les tout nouveaux feutres magiques, transformant le rouge en jaune, le bleu en mauve. Après quelques hésitations,
Maman choisit pour moi Les Malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur. Mission accomplie : je ne bougeais pas d’un iota durant toute la réunion, comme hypnotisée par ces pages, emmitouflée dans la vie de Sophie, Paul et Marguerite. Quelles magnifiques bêtises ! J’enviais l’audace de Sophie, son courage à mentir effrontément sans craindre les représailles et son imagination débordante !
Est-ce à ce moment que la magie a opéré ?

Ou peut-être est-ce pendant ces vacances en Bretagne ? J’avais six ans je crois et peu de souvenirs de ce séjour en famille. J’aimais jouer devant la maison avec les cailloux, et j’avais découvert (avec stupeur) que ma grand-mère portait un dentier ! Ce dont je me rappelle bien, en revanche, c’est ce livre corné, effeuillé, fatigué que ma marraine avait acheté au marché du coin… Au départ peu avenant du fait de l’état de santé de l’ouvrage et du manque d’illustrations, je me laissais peu à peu glisser dans ce monde fascinant. La voix tantôt enjouée tantôt mystérieuse de ma marraine n’était bien sûr pas étrangère à cet enthousiasme nouveau. Chaque soir, j’attendais le moment où l’on quitterait nos habits de réalité pour vêtir nos capes de voyage.

Depuis, j’ai dévoré avec passion, parfois avec douleur, des milliers de pages qui ont nourri ma vie. J’ai grandi avec ces hommes et ces femmes qui chaque jour noircissent des pages pour nous aider à affronter la réalité.

Diane

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